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Mode de vie en Arménie

Vie sociale
La famille, une valeur toujours sûre

De tout temps, la famille a joué un rôle essentiel de foyer et de transmission des traditions, des valeurs, de la foi et de la mémoire. Malgré un fort taux d’urbanisation, le modèle traditionnel de la famille patriarcale s’est maintenu. Scellée par un mariage précoce et le plus souvent fécond, la famille reste dominée par l’image du mari et du père, le maître de maison (dandér), dont l’autorité est légitim

Mode de vie

e par sa fidélité à son épouse et mère, l’amour de ses enfants, le respect des anciens et une solidarité familiale qui transcende les frontières.

Déjà contrarié par les valeurs soviétiques, ce schéma, qui n’est pas sans rappeler les codes familiaux des sociétés méditerranéennes et orientales, tend à se raréfier. Depuis l’indépendance, les écarts sociaux se sont creusés, mettant à mal la cohésion de la société sur ses fondations familiales.Les influences occidentales, conjuguées à la crise, rendent moins évidente la constitution de familles nombreuses, tandis que l’autorité du patriarche est entamée par l’accession au monde du travail de l’épouse, qui assure parfois le seul revenu de la famille. Cela est moins vrai pour les grandes familles d’oligarques, qui fonctionnent sur un mode quasi clanique. Le fort courant d’émigration économique a par ailleurs contribué à l’éclatement des familles, le mari ou le père allant s’exiler le plus souvent en Russie pour faire vivre sa famille restée en Arménie.

Mais pour ce qui est de l’enfant, on se saigne aux quatre veines pour lui assurer une éducation correcte. L’enfant est le roi – ou la reine, le garçon a dû renoncer à ses privilèges – de la maison, et les difficultés économiques n’en sont que plus cruellement ressenties, quand le chef de famille ne peut fournir des conditions de vie décentes à sa progéniture. Le coût de la scolarisation a augmenté dans ce pays qui se flatte d’avoir vaincu totalement l’illettrisme, mais on répugne à faire travailler les enfants, comme cela arrive dans d’autres républiques de l’ex-URSS.

Le mariage

On n’enlève plus la future mariée à cheval – généralement avec le consentement des parents – comme cela se pratiquait dans certaines régions d’Arménie jusqu’à la fin du XIXe siècle, mais le mariage reste une valeur sûre en Arménie. On se marie encore beaucoup, généralement jeune, la vie en couple libre ou le concubinage n’étant pas entrés dans les moeurs. Les difficultés matérielles ont cependant repoussé l’âge du mariage de même que les projets de famille nombreuse. Mais le mariage est l’occasion de faire la fête, et on ne regarde pas à la dépense. Rien n’est trop beau pour la mariée (même si la tradition de la dot s’est perdue) et en sillonnant la campagne, vous croiserez sans doute ces fêtes organisées autour des églises où le mariage a été célébré, avec musique traditionnelle et khorovadz.

Si l’on prend le temps de se marier, cela n’empêche pas les divorces. Banalisées durant la période soviétique, les séparations sont en augmentation. Le roi païen Ara le Beau se retourne dans sa tombe : la légende dit que ce roi mythique, pressé par la pulpeuse reine d’Assyrie, Sémiramis, de l’épouser ou, à défaut, de combler ses désirs, repoussa ses avances au péril de sa vie, pour l’amour de Nvard son épouse et de ses enfants. Le mythe de la fidélité du couple arménien a pris un coup sévère.

Dans un pays où la famille compte parmi les valeurs fondamentales, le célibat reste un phénomène encore marginal. La tradition veut que l’on fonde une famille le plus tôt possible, de préférence nombreuse, et elle s’est maintenue d’autant plus naturellement durant la période soviétique qu’un logement n’était presque jamais attribué à un ou une célibataire. Quand il ne concerne pas le haut clergé – les membres du bas clergé, comme chez les orthodoxes, peuvent fonder une famille – le célibat suscite une certaine incompréhension dans la société…

La place de la femme

Patriarcale, la société arménienne a attribué à la femme un statut ambigu, entre soumission, voire servitude, et pouvoir. La femme arménienne fait l’objet de toutes les attentions et de toutes les prévenances, elle voit sa vertu protégée jusqu’au mariage, après quoi elle jouit d’un respect certain comme gardienne du foyer et détentrice du pouvoir éducatif, transmettant le savoir aux enfants. Mais cette considération doit se payer d’une obéissance absolue au pater familias.

La femme arménienne a accompli beaucoup de chemin depuis l’époque où elle était soumise à son époux, le servant à table et n’ayant pas droit à la parole en sa présence.

Avant même la soviétisation, qui contribua à une émancipation de la femme, celle-ci avait gagné quelques droits, acquis de haute lutte dans les mouvements révolutionnaires qui en faisaient une ” auxiliaire ” précieuse de son époux ou compagnon. Avec le mouvement national au XIXe siècle, certains théoriciens arméniens prennent ainsi conscience de ce que les idées nouvelles en faveur de l’émancipation des femmes sont conformes à une éthique nationale ancestrale refoulée, qui accordait à la femme la place qui lui revient de droit, héritée de la déesse Anahit qui siégeait en bonne place dans le panthéon arménien. Signe de cette évolution, la première République arménienne accorde le droit de vote aux femmes dès 1918. L’accession des femmes au monde du travail confirme cette tendance vers l’égalité des sexes dans les décennies qui suivent, même si la femme est confinée généralement dans les emplois moins qualifiés.

Cette évolution s’est toutefois heurtée à la résistance des vieux réflexes patriarcaux, tenaces dans les campagnes. Si elle travaille et rapporte parfois l’unique argent du foyer, si elle affiche un caractère volontaire voire indépendant, la femme arménienne doit le respect à l’homme, qui le lui rend généralement et se flatte de ne jamais brutaliser le sexe dit faible. A la maison, la femme s’efface devant les hôtes masculins, prenant rarement la parole ; dans les organes du pouvoir, elle est sous-représentée.

La nouvelle génération féminine se libère de ce carcan rigide, comme le montre le spectacle de la rue, où les filles ne renvoient pas vraiment le visage de la soumission. Mais qu’on ne s’y trompe pas ; les tenues provocantes et le maquillage outrancier ne sont pas les signes extérieurs d’une révolution sexuelle qui aurait libéré la femme de la domination machiste des hommes, mais traduisent plutôt les efforts parfois maladroits pour reproduire les modèles occidentaux. Derrière le masque, au demeurant séduisant, se cache la personnalité pudique et farouche d’une femme prête à éconduire le dragueur trop entreprenant, mais aussi à séduire le futur mari…

Mœurs et faits de société
Une société tiraillée entre l’Orient et l’Occident

Arménie, Europe ou Asie ? Le sentiment de frustration historique lié à l’amputation de l’autre partie de l’être national (Arménie occidentale) contribue sans doute à la crise d’identité plus ou moins consciemment exprimée que traverse l’Arménie à sa sortie du communisme. Mais il faut croire que ses doutes et son trouble se dissiperont à mesure qu’elle pourra assumer et cultiver, dans la sécurité d’un bon voisinage, la dualité de cette identité à la fois asiatique et européenne qui fait son originalité.

Impressions d’Europe

L’Arménie, c’est bien ce monde à part où se rencontrent l’Orient et l’Occident, un bout d’ ” Eurasie ” qui suscitera chez le voyageur un sentiment mêlé d’exotisme et de proximité, de dépaysement et de familiarité, plus fort encore que dans les Balkans, assez proches par certains côtés. Dans ces paysages bibliques aux teintes ocre, dans ces steppes herbeuses rappelant la Mongolie, sur ces hauts plateaux pierreux et quasi désertiques, battus par les vents qui ont effacé les anciennes pistes chamelières dont témoignent des vestiges de caravansérails, on cherchera en vain l’empreinte de l’Orient des Mille et une nuits.

Malgré des siècles de domination musulmane, mosquées et minarets sont presque totalement absents d’un décor peuplé de centaines d’églises et monastères, en ruine ou en activité. En étroite symbiose avec l’environnement naturel, la silhouette de ces monastères coiffés de leur dôme pointu si caractéristique, se découpant dans le bleu électrique du ciel au sommet d’une crête, se confondant avec les flancs rocheux des montagnes auxquelles ils sont agrippés ou encore nichés dans une oasis de verdure au fond d’une gorge abrupte, renvoie l’écho sonore et saisissant, venu du fond des âges, de cet Orient chrétien oublié.

Et soudain, c’est l’Europe qui se rappelle à nous quand, au détour d’une steppe aride, brûlée de soleil, on pénètre dans une sombre et humide vallée, recouverte de forêts touffues, où se tapit quelque église (Kétcharis, à Dzaghkadzor, par exemple) aux lignes si familières que certains spécialistes occidentaux voulurent y lire les premiers balbutiements de l’art roman. L’espace d’un instant, l’illusion est parfaite ; on se croirait quelque part en Auvergne ou en Savoie, si un détail sur une façade ne venait trahir l’influence de Byzance, voire de la Perse toute proche… Et si ce détail vous échappe, un air de folklore oriental braillé par un transistor intempestif, assorti d’une insistante odeur de brochette, suffira à vous ramener en Orient.

Un Orient bien particulier

Un Orient bien particulier donc, d’autant qu’il a fait l’expérience du système soviétique. Terre de contrastes, l’Arménie ajoute ainsi à sa palette de couleurs le rouge du communisme… pour le meilleur, diront certains nostalgiques happés par les difficultés sans nombre du quotidien, et pour le pire, selon les autres, logés pourtant à la même enseigne. Là comme ailleurs, le rouleau compresseur soviétique a accompli son oeuvre, nivelant les différences sans jamais réussir cependant à les étouffer complètement dans le modèle de société élaboré au politburo à Moscou. L’Arménie porte dans ses villes et ses campagnes, dans la mentalité, aussi, de ses habitants, l’empreinte caractéristique de cet Orient soviétique, que l’on retrouve de Tbilissi à Bakou ou Boukhara. Une marque de fabrique tenace, dont elle a du mal à se défaire. Car c’est la Russie, et surtout son avatar soviétique, l’URSS, qui l’ont initiée à une ” modernité ” finalement de type occidental. Une modernité souvent imposée au détriment de ses traditions et de son patrimoine et qui constitua son seul modèle de développement. La gabegie soviétique est venue se greffer sur une certaine nonchalance orientale, et le bilan n’est pas vraiment concluant : le développement de la RSS d’Arménie, exalté par la propagande soviétique, qui ironisait sur la torpeur orientale dans laquelle végétait la petite ” république soeur ” avant que Lénine ne la prenne en charge pour la propulser dans l’ère industrielle, a été bien trop souvent un cache-misère. Le masque aujourd’hui ôté, la misère est restée, d’autant plus frappante qu’elle s’est développée dans cet environnement pseudo-moderne hérité de l’époque soviétique. Et les valeurs de solidarité et d’entraide enseignées par le communisme n’ont pas résisté au changement.

N’appartenant ni vraiment au tiers-monde ni au monde développé, l’Arménie est un monde à mi-chemin, bancal, un brin anarchique, où tout est à refaire, mais qui ne veut pas pour autant sombrer dans la déprime, même si nombreux sont les Arméniens qui sont allés tenter leur chance sous des cieux plus cléments. Un monde où l’on doit bien souvent, plus encore que par le passé, s’en remettre à la débrouille ; le système soviétique est mort, vive le système D et, dans cette discipline, les Arméniens semblent montrer un certain talent.

On est certes loin encore des critères qui garantissent, sous nos latitudes, une société dite normale. Pourtant, Erevan – et même Gumri, qui se relève du séisme de décembre 1988 – veut donner l’impression d’un retour à la normale. Ce n’est pas encore l’opulence, mais l’espoir en un avenir meilleur a retrouvé droit de cité, réhabilitant ce sens de la fête et de l’hospitalité que les Arméniens tiennent pour des vertus nationales. La grisaille soviétique, qui a par endroits résisté au généreux soleil d’Arménie, s’en trouverait même parfois presque transfigurée ; cohabitant avec une société en pleine mutation, cette présence soviétique diffuse, relevant désormais du folklore pour un regard étranger, est aussi à même de pimenter le séjour du visiteur étranger en mal d’exotisme et en quête d’aventure, venu chercher le souffle de l’Histoire dans ce pays en transition, où s’écrivirent certaines des pages qui bouleversèrent le monde à la fin de XXe siècle.

Les pieds sur terre, un destin planétaire…

Malgré de tenaces pesanteurs bureaucratiques, l’ingéniosité des Arméniens, servie par une aptitude atavique à relever les défis d’une histoire qui ne les a guère ménagés, reprend aujourd’hui le dessus. Les Arméniens doivent à leurs racines rurales d’avoir les pieds sur terre et ils sont d’autant plus décidés à les y garder qu’elle s’est trop souvent dérobée sous eux.

Après être passée par de multiples avatars et réincarnations, l’Arménie actuelle fait en effet figure de sanctuaire d’une identité en péril. Marqué par le rappel lancinant d’un lourd passé dont il faut gérer les contradictions, l’apprentissage de la modernité et de la démocratie doit passer ici par cette affirmation véhémente du droit à l’existence. Après des siècles de domination étrangère, l’Arménie vit comme un combat la défense de sa langue, de sa culture, de son Eglise, bref, des éléments constitutifs de son identité. Cela explique l’engagement massif de l’Arménie en faveur du Haut-Karabagh, qui cristallisa en février 1988 les passions nationales, enclenchant la procédure de divorce avec l’URSS. Pour les Arméniens, c’est la survie de toute la nation qui était en jeu dans cette guerre meurtrière (plus de 20 000 morts dans les deux camps), désignée comme une ” lutte de libération nationale “, avec ses ” martyrs ” (zoh) et ses ” héros “, les fédahis. Et le retour de cette ” terre ancestrale ” dans le giron national résonne comme une victoire sur la fatalité de l’Histoire, sur des siècles de défaites et de sujétion.

Loin des fantasmes d’une ” Grande Arménie “, le Haut-Karabagh joue un rôle cathartique, restituant aux Arméniens leur dignité et renvoyant l’écho d’une Arménie victorieuse qui, en ce début de IIIe millénaire, prendrait sa revanche sur un siècle inauguré par l’expérience tragique du génocide… Terre promise ou ” terre acquise ” (l’expression est du défunt catholicos Karekine Ier), entre Orient et Occident, entre terre et ciel, l’Arménie est enfin aussi une terre rêvée, fantasmée, un monde imaginaire qui fait voyager au plus profond des consciences arméniennes. Chaque Arménien, d’où qu’il vienne, aura sa vision bien à lui de l’Arménie, qui correspond à ses attentes, ses espoirs.

Ce pays intérieur impalpable, on le devine derrière l’excitation qui s’empare des passagers d’origine arménienne quand l’avion amorce sa descente sur Erevan. Obéissant comme à un rituel, ils se pressent autour des hublots pour apercevoir un bout de la calotte neigeuse de l’Ararat, cette montagne magique des Arméniens, aujourd’hui en Turquie, qui domine l’Arménie occidentale d’où sont originaires leurs ancêtres. Venus de France, des Etats-Unis, du Canada ou du Liban, ils laissent parler librement désormais cette Arménie qu’ils portent en eux sous d’autres cieux. Le pays qu’ils vont visiter ne ressemblera pas forcément à l’idée, exigeante, qu’ils veulent s’en faire, forgée dans le souvenir d’une Arménie disparue. Mais l’Arménie actuelle n’est-elle pas aussi le laboratoire – sinon encore le produit de synthèse – de cette rencontre entre un pays enraciné sur sa terre et la projection fantasmée d’une diaspora riche de la diversité des cultures et expériences vécues dans d’autres pays ? Du haut de ses montagnes, l’Arménie a rendez-vous avec le monde. ” Lorsque deux Arméniens se rencontrent, n’importe où dans le monde, voyez s’ils ne savent pas recréer une nouvelle Arménie… “, écrivait le romancier arméno-américain William Saroyan.

Gays et lesbiennes

Ils ne voient pas vraiment la vie en rose. La morale arménienne réprouve l’homosexualité, même si elle ne fait officiellement pas l’objet de persécution. A l’époque soviétique, le célèbre cinéaste arménien aujourd’hui disparu, Sergueï Paradjanov, avait été emprisonné pour déviance sexuelle et homosexualité notamment. Un chef d’accusation qui a été par la suite dénoncé comme une odieuse machination, sur laquelle on préfère de toute manière s’étendre le moins possible ; si Paradjanov est célébré comme une gloire nationale en Arménie, il n’est pas question d’en faire le porte-drapeau d’un mouvement gay arménien qui est d’ailleurs encore embryonnaire (s’informer auprès du site de l’Agla, ou de l’ONG Pink Arménia). Depuis 2003, l’Arménie a retiré de son code pénal l’article condamnant les relations homosexuelles à cinq ans de prison. Mais le pays est mis à l’index par différents organismes pour le sort réservé aux homosexuels et la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et trans (LGBT) d’Arménie milite activement pour ses droits. Les travestis d’Erevan disposaient même d’un lieu de rencontre, le parc Kirov ou Komaiki dans le centre de la capitale, mais ils font face à la colère des riverains et aux tracasseries des pouvoirs publics. Le bar enfin, qui se revendiquait gay friendly à Erevan, le D.I.Y., près de la Cascade, a été plastiqué en 2012 et est resté fermé depuis. Les gays préfèrent donc rester discrets et évitent d’afficher leurs préférences sexuelles en public. Et quand deux garçons marchent dans la rue main dans la main, n’y voyez pas le signe d’une amitié particulière, mais un comportement commun à nombre de pays méditerranéens. Une précision susceptible d’éviter certains malentendus aux fâcheuses conséquences…

Peu de repères urbains
Erevan…

En parcourant la campagne arménienne, on sera surpris de ne traverser que très peu de villes, du moins selon la conception que l’on a d’une agglomération urbaine. Pourtant, à en juger d’après les statistiques, la société arménienne est fortement urbanisée (70 %). Mais la lecture des chiffres ne donne qu’une image tronquée de la réalité de l’habitat arménien. En Arménie, le rapport villes/campagne se réduit en fait à une opposition Erevan/campagne. Erevan concentre le tiers de la population du pays. Ce déséquilibre régional s’est accru depuis que la deuxième ville du pays, Gyumri, a été détruite à 60 % par le séisme de décembre 1988. Avec 220 000 habitants, l’ancienne Léninakan était la seule ville, avec Erevan, pouvant se prévaloir d’une authentique tradition urbaine. Et le phénomène s’est amplifié depuis l’indépendance, sous l’effet de la crise économique qui a partiellement vidé les autres villes, mais aussi les campagnes, au profit d’Erevan et… de l’étranger.

Aujourd’hui, on serait bien en peine de trouver, hors d’Erevan, un véritable foyer de civilisation urbaine, distillant une atmosphère et une culture citadines. Cette urbanisation, que le régime soviétique avait exaltée comme l’une des plus brillantes illustrations de son succès et des progrès qu’il fit accomplir à une société essentiellement rurale, semble s’être opérée au seul bénéfice d’Erevan. Les autres villes sont le plus souvent de gros bourgs à vocation initialement agricole ou créés ex nihilo autour de sites industriels ; elles procèdent davantage des efforts soviétiques en vue d’urbaniser la campagne que d’une tradition urbaine, qui s’était d’ailleurs perdue avant même que la soviétisation. Leur aspect trahit généralement la conception soviétique de la ville, invariablement organisée autour de l’ancien soviet (mairie) et de la maison de la culture qui, avec les autres administrations locales, étaient rattachés au comité régional du P.C., toujours en position centrale. Centres nerveux régionaux du système soviétique, ces institutions étaient installées dans des bâtiments d’aspect monumental, reproduisant le style national en vogue à Erevan. Ce modèle architectural et urbain, auquel obéissent aussi les localités plus petites, s’était substitué à la conception traditionnelle de la ville et du village arméniens, d’autant plus facilement qu’il trouvait un paysage urbain le plus souvent en friche.

… et le reste !

De la ville articulée autour de la place de la cathédrale ou même du village aux maisons de pisé blotties autour de l’église et de la forteresse, seules quelques localités et des sites archéologiques en portent encore témoignage. L’image, qui nous semble aujourd’hui convenue, de l’église arménienne perdue dans la montagne n’a pourtant pas toujours correspondu à la réalité. Jusqu’au Xe siècle, les principaux édifices religieux étaient des églises paroissiales érigées dans des sites urbains dont beaucoup ne sont pas parvenus jusqu’à nous.

Et ce n’est que plus tard, avec la féodalisation de la société, que s’est généralisée la construction de grands monastères établis à l’écart de lieux habités. Ces monastères continuent à attirer aujourd’hui les habitants des localités alentour, qui aiment à s’y retrouver, pas nécessairement à des fins religieuses, mais pour se réunir. Les édifices religieux, qui ont concentré il est vrai plus que tous les autres les énergies des constructeurs arméniens – la coutume voulait que les rois, évêques, princes et notables fassent ériger monastères, églises ou chapelles pour renforcer l’institution ecclésiastique, manifester leur prestige ou gagner le salut de leur âme, comme les simples fidèles qui se cotisaient pour bâtir une église – ont résisté aux épreuves du temps. Plus vulnérables aux ravages de la guerre, les constructions militaires et civiles qui les environnaient ont disparu, et avec elles les villes, dont le site d’Ani offre le témoignage le plus complet. Les invasions, des Turcs puis des Mongols, ont entraîné le déclin, puis la mort des villes, ce qui explique que le Moyen Age arménien n’ait pas laissé d’importants vestiges d’architecture urbaine. Cette partie de l’Arménie, tiraillée par la suite entre les empires rivaux perse et ottoman, ne s’est d’ailleurs jamais vraiment relevée depuis, et les grands foyers de la vie urbaine et culturelle arménienne se situaient ailleurs, à Tiflis (actuelle Tbilissi) ou à Constantinople (Istanbul).

Devenue russe au début du XIXe siècle, l’Arménie ne sort pas vraiment de la torpeur orientale dans laquelle elle végétait. Dans cette province des confins russo-turcs, la présence russe, essentiellement militaire, n’a en effet pas contribué à un réel essor des villes, sauf quand celles-ci avaient vocation à abriter une garnison. C’est le cas surtout de Gyumri, baptisée Alexandropol par les Russes, qui avaient fait de cette ville-frontière la tête de pont de leurs opérations militaires contre l’Empire ottoman. Elle comptait alors autant d’habitants que Erevan, soit environ 30 000 âmes, et avait tout d’une ville provinciale russe ; mais les églises arméniennes intégrées dans le décor urbain et les maisons richement décorées des notables arméniens avaient su lui donner un cachet national, qui s’est conservé dans le centre historique de la ville, moins marqué par les constructions soviétiques qu’à Erevan.

Cet ensemble urbain traditionnel a peu d’équivalent dans le pays, à part peut-être Chouchi, dans le Haut-Karabagh, où les quartiers historiques ont été endommagés par la guerre. Troisième ville du pays avec 150 000 habitants, Vanadzor (ex-Kirovakan), ne comptait que 8 000 habitants en 1926, autant que Gavar (ex-Kamo) au bord du lac Sevan (aujourd’hui 20 000 habitants) ou Etchmiadzine (40 000 habitants) ; quant aux deux chefs-lieux du Zanguézour, Goris (13 000 habitants) et Kapan (35 000 habitants), ils n’en comptaient respectivement que 3 000 et 1 500.

Religion

Prêtres arméniens.

Prêtres arméniens.

” Quiconque croyait que le christianisme n’était pour nous qu’un vêtement saura dès lors qu’il ne pourra nous l’arracher, tout comme notre peau” (Yeghiché, Histoire de la guerre de Vartan). C’est en ces termes que le nakharar (chevalier) arménien Vartan Mamikonian harangua ses troupes, le 2 juin 451, à Avaraïr, à la veille d’une bataille décisive contre le shah de Perse qui prétendait imposer le mazdéisme aux Arméniens, convertis au christianisme plus d’un siècle plus tôt. Les Arméniens perdront face aux Perses puissamment armés, mais gagneront le droit de rester chrétiens, un droit qu’ils n’ont cessé de revendiquer tout au long de leur histoire, aussi lourd qu’en a été le prix à payer.

Une nation ancrée dans le christianisme

Une telle profession de foi invite à s’interroger : peut-on être Arménien sans être chrétien ou, plus encore, sans appartenir à l’Eglise apostolique arménienne qui siège à Etchmiadzin ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’écrasante majorité des Arméniens est restée fidèle à l’Eglise indépendante qui est l’un des principaux vecteurs de l’identité nationale. Les catholiques représentent tout au plus 10 % de la population arménienne dans le monde, quant aux protestants, ils sont très minoritaires. Malgré l’environnement musulman prépondérant depuis le VIIe siècle, les cas d’apostasie ont été peu fréquents. Après avoir perdu leur indépendance, les Arméniens ont connu le sort des autres minorités chrétiennes, juridiquement fixé par les institutions ottomanes ou persanes, mais ce statut d’infériorité (ils étaient appelés raya dans l’Empire ottoman) que leur valait la fidélité au christianisme n’a pas donné lieu à des conversions massives. A l’époque des grandes invasions seldjoukides, au XIe siècle, beaucoup ont préféré quitter leur pays plutôt que de renoncer à leur foi. On leur a imposé l’Islam, de force parfois, dans l’Empire ottoman, où l’on enlevait les enfants arméniens et autres chrétiens pour en faire des janissaires, le corps d’élite de l’armée des sultans ; les plus belles femmes étant quant à elles mises à la disposition de leur harem. On a noté aussi l’existence d’une petite communauté d’Arméniens musulmans, au nord d’Erzerum, à Hamchen, dans les confins de la Turquie et de la Géorgie, qui a été plus perméable à l’islam. Plus près de nous, les massacres perpétrés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe contre les Arméniens de l’Empire ottoman ont provoqué des cas de conversions forcées à l’islam ; leurs descendants dans l’actuelle Turquie, profitant de l’ouverture timide d’un débat sur le génocide, osent dévoiler des origines arméniennes jusque-là ” honteuses “, montrant l’ampleur de ces conversions.

En raison de cette étroite imbrication de la nation et de la foi, propre à d’autres chrétientés orientales, il est difficile de faire la part de l’identité nationale et religieuse. L’Eglise a en effet souvent été perçue comme l’ultime refuge face aux tentatives d’assimilation, et le clergé a pris une part active à la défense de l’identité nationale ; en retour, les Arméniens, qu’ils soient ou non pratiquants après sept décennies d’athéisme soviétique, tiennent toujours leurs lieux de culte pour des repères essentiels de l’identité nationale, oubliant parfois leur dimension spirituelle.

Le paysage religieux arménien

Plus de 90 % des habitants de l’Arménie appartiennent à l’Eglise arménienne apostolique et autocéphale et ne reconnaissent que la seule autorité de son chef suprême, le catholicos Karékine II, qui siège à Etchmiadzine. Les Arméniens sont fiers d’être le premier peuple à s’être officiellement converti au christianisme et ont célébré en grande pompe, en 2001, le 1 700e anniversaire de cette conversion. Il existe néanmoins une petite proportion d’Arméniens catholiques et évangéliques. Le christianisme orthodoxe est représenté par les minorités russe et ukrainienne, les Assyro-Chaldéens, ayant leur propre Eglise de rite oriental. Il n’y a plus guère de musulmans en Arménie, quant aux yézidis, ils revendiquent un particularisme ancré dans leur religion héritée des anciens Perses comportant des éléments inspirés du christianisme et de l’islam. La communauté juive se réduit à quelques centaines de membres. Comme partout ailleurs dans l’ex-URSS, différentes sectes, dont Hare Krishna et les témoins de Jéhovah, sont représentées en Arménie, où l’Eglise nationale combat leur prosélytisme.

Du panthéon païen…

Le christianisme est bien une ” seconde peau ” pour les Arméniens, beaucoup plus difficile à ” arracher ” que leur premier épiderme païen. Avant d’être acquis au Verbe chrétien, les Arméniens adoraient une foule de dieux peuplant un riche panthéon, national lui aussi, même si ses divinités trouvent leur équivalent dans les panthéons des autres peuples indo-européens. En imposant leur domination au royaume d’Ourartou et à ses sujets, au VIIe siècle avant notre ère, les Arméniens avaient mis fin au culte du dieu suprême Khald et aux autres divinités propres à cette partie de l’Asie Mineure, influencée par la Babylonie. Dans leur longue migration vers l’est, ils avaient apporté leurs propres divinités, appartenant à la grande famille céleste indo-européenne, mais qui évolueront avec des caractéristiques spécifiques au contact des cultes locaux, tout en restant fidèles au schéma de la tri-fonctionnalité (fonction religieuse, fonction guerrière et fonction agricole ou laborieuse) que l’historien Dumézil avait désigné comme le trait commun des sociétés indo-européennes. Le panthéon arménien accorde une place majeure au dieu de feu et de lumière, Vahagn, dont le cycle épique a été magnifié par la poésie arménienne. En lui déjà se rencontrent les traits essentiels du tempérament arménien et de la destinée nationale : né d’une mince tige de roseau émergeant d’une mer en fusion, il incarne la soif de liberté et de lumière. Vahagn est aussi le vainqueur du grand dragon (Vichap), ce maître des ténèbres et des eaux, qui assoiffe les hommes et les tourmente, avec les dev, créatures du mal.

Eminemment agricole, la civilisation arménienne, aussi patriarcale qu’elle puisse paraître, a laissé un personnage féminin dominer la hiérarchie divine, la déesse Anahit, vénérée en tant que ” mère de toute pureté “. Déesse chtonienne de la fertilité qui purifie la semence de tous les hommes et le sein de toutes les femmes qu’elle rend fécondes, elle est la ” Dame des Arméniens ” (Diguin Hayots). Le panthéon arménien s’enrichit ensuite des apports iranien (la déesse Anahit est présente aussi dans le panthéon iranien) et hellénistique, dont les interactions sont nombreuses au début de l’ère chrétienne autour du bassin méditerranéen. L’Arménie, qui se situe au coeur de ces échanges, accordera ainsi une large place au dieu perse Mithra (Mitra chez les Indiens), dont le culte avait atteint Rome. Les cultes mithriaques connaissent une grande diffusion en Arménie où ils sont pratiqués dans les nombreux temples du feu. Un seul de ces édifices nous est parvenu, le temple de Garni, datant du Ier siècle de notre ère, un joyau de l’architecture hellénistique.

… aux premières communautés chrétiennes

C’est dans ce contexte que sont apparues les premières communautés chrétiennes, pratiquant clandestinement une religion en butte alors à des persécutions, comme à Rome. Car si la conversion du royaume arménien au christianisme remonte au début du IVe siècle, le christianisme avait pénétré bien avant sur le territoire de l’Arménie. Une précision jugée essentielle par l’Eglise arménienne, qui lui doit son statut d’Eglise apostolique, c’est-à-dire fondée par les apôtres. Deux apôtres ont évangélisé l’Arménie jusqu’au martyre : Thaddée, entre l’an 35 et 43, et Bartholomée, écorché vif en l’an 68 à Aghbak (Vaspourakan). L’Eglise rapporte que les prédications et guérisons miraculeuses auraient valu à ces premiers saints du christianisme un prestige qui se traduisit par un grand nombre de baptêmes par immersion, selon un rite toujours en vigueur. Aux tous premiers âges du christianisme, païens et chrétiens auraient donc cohabité en Arménie. Ces premiers essaims de fidèles du Christ, déjà constitués en une Eglise de type syriaque, expliqueraient la perméabilité du pays à la nouvelle religion et la rapidité de sa conversion.

Une conversion assurément magnifiée par une Eglise nationale soucieuse d’affirmer son ancienneté ; les apôtres Bartholomée et Thadée sont ainsi désignés comme les deux premiers ” illuminateurs “, ce qui n’ôte rien d’ailleurs au rôle fondateur du troisième ” illuminateur ” de l’Arménie, saint Grégoire. C’est Krikor Loussavoritch (Grégoire l’Illuminateur) qui a en effet converti officiellement l’Arménie, en l’an 301 (soit avant l’édit de Milan de l’empereur Constantin, en 313, qui ” tolère ” le christianisme dans l’Empire romain, où il devra attendre une cinquantaine d’années avant d’être déclaré religion officielle).

Comme dans le royaume franc de Clovis, la conversion collective de la nation arménienne passera par l’ ” illumination ” de son souverain, Trdat III. Les chrétiens étaient alors en butte aux pires persécutions, qui valurent le martyre notamment à Hripsimée et Gayanée, canonisées par la suite et vénérées dans deux antiques églises d’Etchmiadzine. Fils d’une noble famille arménienne, ayant suivi des études chrétiennes dans la Cappadoce voisine, Grégoire n’échappera pas à la haine que vouait le roi Trdat aux fidèles du Christ. Il est jeté au fond d’un puits (Khor Virap, lieu de pèlerinage très fréquenté) près de la capitale de l’époque Artachat, où il survit miraculeusement pendant treize ans jusqu’à ce qu’il en soit extrait pour venir au chevet du roi, atteint de folie.

La conversion au christianisme

L’épisode de sa conversion, selon une tradition rapportée par les historiens arméniens Agathange et Moïse de Khorène, relève du fantastique. Le roi se serait transformé en une bête fauve, ayant perdu toute humanité à force de cruauté envers ses sujets chrétiens ; seul Grégoire lui rendra son humanité, une guérison dont le roi Trdat le remercie en embrassant le christianisme. Le roi Trdat et les dignitaires se font baptiser dans la rivière Aratzani, un affluent de l’Euphrate, par Grégoire l’Illuminateur, consacré entre-temps évêque en Cappadoce puis devenu le premier catholicos d’Arménie. On peut toutefois aisément imaginer que l’ ” illumination ” des Arméniens n’a pas été aussi soudaine… Si du jour au lendemain, les princes arméniens devenus de fervents chrétiens ont ordonné la destruction des temples païens sur les fondations desquels des églises seront construites, il a fallu plusieurs décennies pour extirper du ciel arménien les anciennes divinités, désignées en arménien comme des ” non-dieux ” (tchasdvadz). Au siècle suivant, le christianisme s’était suffisamment implanté dans le pays pour susciter un élan national, sur le fameux champ de bataille d’Avaraïr, contre les troupes du roi des Perses, qui voulait obliger les Arméniens à adorer Ahura Mazda. Le mazdéisme ne prendra pas en Arménie où, déjà, le christianisme se présentait comme le garant de l’identité nationale, sinon comme un choix de civilisation, comme sera tentée de le montrer par la suite une lecture occidentalisante de l’histoire arménienne. L’Arménie avait rompu définitivement avec le paganisme, une rupture qui se fit pourtant dans la continuité : la conscience nationale déjà forte intégrera en effet un certain héritage païen, dans la littérature religieuse comme dans les rites qui trahissent une survivance du culte d’Anahit par exemple, adaptée à la tradition mariale (ainsi la tradition encore vivace consistant à offrir à la Vierge les premiers fruits de la vigne au cours d’une bénédiction le jour de l’Assomption).

Grégoire l’Illuminateur, Krikor Loussavoritch (? -325)

Elevé en Cappadoce, actif foyer de christianisme, Grégoire regagne l’Arménie, où règne le roi Trdat III. Celui-ci, à l’instar de l’empereur romain Dioclétien, persécute ses sujets de confession chrétienne. Grégoire ne sera pas épargné, il sera jeté dans une ” fosse profonde ” (Khor Virap), au pied des murailles de la forteresse d’Artachat, la capitale. D’autres chrétiens connaîtront le martyre sous le règne de Trdat, comme Hripsimée, torturée pour avoir refusé les avances du roi, et trente-six autres vierges, dont sa suivante l’abbesse Gayanée, toutes martyrisées pour avoir refusé l’apostasie. Trdat, atteint de lycanthropie, un mal incurable qui lui donnait l’apparence d’un loup ou de quelque bête fauve, fait sortir Grégoire de la fosse où il croupissait depuis treize ans pour l’implorer de le sauver. Guéri et illuminé par Grégoire, le roi convertit ensuite ses sujets et, en signe de rédemption, il enterre de ses mains les corps des martyres et saintes Hripsimée et Gayanée au pied du mont Ararat, où des églises leur seront dédiées. Il ordonne la destruction des temples païens, sur les fondations desquels il fait ériger des églises chrétiennes. Les historiens situent cette conversion en 301. Investi de fonctions épiscopales, Grégoire crée des collèges dédiés à l’étude des Saintes Ecritures en langues grecque et syriaque, les Arméniens n’ayant pas encore une écriture nationale. Devenu moine, Grégoire l’Illuminateur se retire dans la grotte de Manné où il s’éteint probablement en 325. Canonisé par la suite, saint Grégoire est le premier patriarche de l’Eglise arménienne, inaugurant une longue lignée de catholicos. Le Vatican restituait à Etchmiadzin des reliques de Saint Grégoire l’Illuminateur à l’occasion du jubilé de 2001.

Une Église indépendante

En adoptant le christianisme, l’Arménie écrivait une nouvelle page, capitale, de son histoire, avec les lettres d’un alphabet national créé en 406 par Mesrop Machtots, canonisé par la suite. La création de l’alphabet scellera l’union de l’Arménie et du christianisme, dont les Saintes Ecritures sont les tout premiers textes traduits et rédigés en langue arménienne, et contribuera du même coup à doter la toute nouvelle Eglise d’une dimension nationale. Le rejet par le clergé arménien des dispositions théologiques adoptées par l’Eglise chrétienne au concile de Chalcédoine, en 451, vaudra certes à l’Eglise d’Arménie d’être accusée de verser dans l’hérésie monophysite (voir ” Monophysisme ” dans les mots-clés en début de chapitre), mais les catholicos siégeant à Etchmiadzin (Vagharchapat) y gagneront en indépendance, une indépendance que l’Eglise apostolique et autocéphale arménienne a toujours cherché à préserver, même aux heures les plus tragiques, en surmontant à chaque fois les menaces de schisme ou de division.

L’unité de l’Eglise arménienne a souvent été mise à rude épreuve par l’éclatement de la nation : deux patriarcats, l’un à Constantinople, dont le statut a été légalisé par les autorités ottomanes en 1461, et l’autre, depuis 1311, à Jérusalem, où il gère une partie de la cathédrale du Saint-Sépulcre ; au-dessus, deux catholicossats, celui de la Grande Maison de Cilicie, aujourd’hui à Antélias (près de Beyrouth), et celui d’Etchmiadzin, près d’Erevan, dont le catholicos a, depuis 1441, une primauté d’honneur au titre de ” catholicos de tous les Arméniens “.

Des divisions persistantes

La soviétisation de l’Arménie devait investir d’un contenu éminemment politique ces divisions juridiques. Sous Staline, le clergé a été persécuté, jusqu’au catholicos Khoren Ier, assassiné en 1938. Avec la guerre, le régime soviétique a cherché à utiliser l’Eglise d’Etchmiadzin, ou ce qu’il en restait, pour rallier à la RSS d’Arménie la diaspora et y neutraliser l’influence de l’Eglise de l’extérieur, autrement dit, le catholicossat de Cilicie, proche des opposants indépendantistes. L’effondrement de l’URSS a mis fin à cette rivalité, rétablissant l’unité de l’Eglise, préoccupée avant tout désormais par sa restauration dans un pays où son existence était à peine tolérée.

L’Arménie religieuse se compose de cinq diocèses – Aïrarat, Chirak, Siounik, Outik et Artsakh/Karabagh – où les églises en activité sont encore peu nombreuses, mais l’Eglise d’Etchmiadzine étend son autorité religieuse sur les diocèses créés dans différentes communautés arméniennes à travers le monde. L’unité de l’Eglise arménienne repose enfin sur son rite, l’un des cinq rites principaux de l’Eglise d’Orient.

Elle se flatte d’avoir conservé une antique liturgie, semblable à celle qui résonnait dans les églises dans la seconde moitié du Ve siècle, avec des adjonctions dues à des influences byzantines ou latines plus tardives, essentiellement du XIe au XVIe siècle.

Catholicos Karekine Ier (1932-1999)

Le catholicos Karékine Ier, de son nom de baptême Nchan Sarkissian, était né le 27 août 1932 à Kessab, un village de Syrie peuplé d’Arméniens rescapés de la Cilicie historique. Homme de grande culture, il incarna la tradition et la modernité d’une Eglise arménienne ouverte sur le monde et éprise d’oecuménisme. Il effectue ses études au séminaire de la Grande Maison de Cilicie à Antélias au Liban, dont il devint par la suite le doyen. En 1952, il fait voeu de célibat et entre dans les ordres. Sacré évêque en 1964, il est promu au rang d’archevêque en 1973, après avoir été chancelier du catholicossat de Cilicie, puis prélat d’Ispahan.

D’Iran, l’archevêque Sarkissian passe au Nouveau Monde, où il est prélat des diocèses de la côte est des Etats-Unis et du Canada. Il devient catholicos de Cilicie en 1983, sous le titre de Karékine II. Le 4 avril 1995, Karékine II de Cilicie devient Karékine Ier d’Etchmiadzin, 131e catholicos de tous les Arméniens, élu à la mort de Vasken Ier avec lequel il avait entamé un dialogue constructif durant les dernières heures de l’URSS. Il n’a pas ménagé ses efforts pour consolider la foi des fidèles de l’Eglise apostolique et promouvoir l’oecuménisme, en effectuant de nombreuses visites pastorales, et en rencontrant les représentants des autres Eglises. Il a fait une visite historique au Vatican, en décembre 1996, qui a contribué à dissiper les malentendus théologiques vieux de 1 500 ans qui avaient brouillé les relations entre les deux Eglises. La visite du pape Jean-Paul II, attendu le 2 juillet 1999, devait être le couronnement de cette intense activité. Mais le chef de l’Eglise catholique, lui-même malade, ne fut pas en mesure d’effectuer la visite à Etchmiadzin qu’il avait annoncée pour se rendre au chevet du catholicos malade.

La maladie ne laissera pas non plus au catholicos le temps de présider aux cérémonies du 1 700e anniversaire de la conversion de l’Arménie au christianisme, en 2001, qu’il avait activement préparées, et c’est son successeur, Karékine II, qui recevra à cette occasion le pape en terre arménienne, poursuivant le dialogue oecuménique engagé avec le Vatican par son prédécesseur.

Le dialogue avec les autres Églises

Après avoir été taxée d’hérésie pour être restée fidèle au dogme affirmé par les Eglises des premiers siècles selon lequel ” le Christ est un ” – une unité illustrée par la célébration simultanée le 6 janvier de la Nativité, du Baptême du Christ, de la Théophanie et de l’Adoration des Mages – elle se félicite de ce que le long malentendu dogmatique sur la nature du Christ soit dissipé, et d’être traitée en égale dans la grande famille chrétienne. Cette affirmation de l’identité religieuse arménienne n’a jamais empêché le dialogue avec les autres Eglises. Pourtant à chaque fois, les pressions politiques extérieures semblent avoir eu raison des velléités oecuméniques, magistralement exprimées par de grandes figures de la spiritualité arménienne médiévale, comme saint Grégoire de Narék (Krikor Narékatsi), saint Nerses le Gracieux (Nerses Chnorhali) ou saint Nérsès de Lambron (Nérsès Lampronatsi). Soupçonnant à tort, et plus souvent à raison, des tentatives d’assimilation de la part des autres Eglises et des puissances qu’elles représentaient, l’Eglise arménienne s’est refusée à aller trop en avant dans le compromis théologique avec l’Eglise de Byzance comme plus tard, à l’époque de l’Arménie cilicienne, avec l’Eglise de Rome, une fois scellé le schisme entre les Eglises d’Orient et d’Occident.

La crispation identitaire et le repli sur soi se sont accentués durant les périodes de domination étrangère, l’Eglise exerçant une indéniable influence sur les grands choix nationaux, en l’absence de centre de décision politique. A l’instigation des pouvoirs centraux, ottoman, russe puis soviétique, qui se méfient du prosélytisme de Rome, ont eu lieu quelques manifestations d’intolérance religieuse, inhabituelles en Arménie, qui n’a jamais été une théocratie, quoique ait pu en dire une certaine propagande soviétique dénonçant l’emprise sur la société arménienne d’une Église complice des seigneurs féodaux. Par ailleurs, dès le XIXe siècle, l’émergence d’une intelligentsia laïque moderne avait progressivement dépossédé l’Eglise de son monopole éducatif, culturel, caritatif, sinon encore politique.

Après une longue parenthèse soviétique qui l’a coupée de la société civile, l’Eglise arménienne entre donc dans le XXIe siècle certes affaiblie, mais désireuse de renouer avec sa tradition de dialogue et d’oecuménisme. Celle-ci ne doit nullement être remise en cause par les images, certes spectaculaires, montrant des religieux arméniens et grecs orthodoxes en venir aux mains dans la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem, pendant les fêtes de la Nativité fin 2008 et en 2011 : ces incidents, anecdotiques, relèvent de la rigidité du protocole régissant depuis des siècles le partage des rites et traditions entre les religieux chrétiens catholiques, orthodoxes et arméniens qui gèrent les ” affaires courantes ” sous la voûte du Saint-Sépulcre (les coptes égyptiens sont relégués quant à eux sur les toits…).

Si elle n’a guère évolué sur les grands sujets de société modernes, l’Église a retrouvé une place majeure dans la société arménienne, à la faveur de l’année jubilaire 2001 marquant le mille sept centième anniversaire de la conversion au christianisme, et en 2015, année du centenaire du génocide. Elle était associée en grande partie aux cérémonies commémoratives, procédant à la canonisation du million et demi de victimes de ce génocide et faisant sonner le glas de toutes les églises arméniennes dans le monde à la veille du 24 avril. Cette commémoration confirme aussi le rapprochement avec l’Église catholique, le pape François reconnaissant officiellement le génocide arménien à l’occasion d’une messe dédiée à ses victimes le 12 avril sous la coupole de Saint-Pierre de Rome, en présence du catholicos Karékine II et des dignitaires religieux et politiques arméniens. Le catholicos joindra aussi sa voix à celle du pape pour la défense des chrétiens d’Orient, parmi lesquels les Arméniens, en proie aux exactions des djihadistes de l’État islamique en Irak et en Syrie. L’Arménie a d’ailleurs accueilli 11 000 Syriens d’origine arménienne fuyant la guerre civile qui a éclaté en Syrie en 2011.

Très active dans le mouvement oecuménique mondial, l’Église arménienne doit aussi faire preuve de cette aptitude au dialogue avec les autres Églises, confessions ou minorités vivant sur le territoire de l’Arménie, pourvu que ne se profile pas l’ombre des sectes.

L’Église catholique arménienne

Les Arméniens ” unis “, c’est-à-dire rattachés à l’Eglise de Rome, quoique de rite oriental, revendiquent une longue filiation. En 451, une minorité d’Arméniens auraient accepté les dispositions du concile de Chalcédoine, entrant donc en opposition avec l’Eglise officielle d’Arménie. Cette union affirmée avec l’Eglise grecque, puis avec l’Eglise de Rome, après le schisme de 1054 entre Eglises d’Occident et d’Orient, ne leur a pas rendu la vie facile, même si l’Eglise arménienne avait manifesté une volonté de rapprochement avec les Grecs d’abord, devant lesquels le catholicos Nerses le Gracieux rejetait officiellement le monophysisme au XIIe siècle. Mais c’est dans le royaume arménien de Cilicie que cette volonté de dialogue prend une réelle tournure, les Arméniens entretenant des liens privilégiés avec les Latins à la faveur des croisades.

Avec la disparition de la souveraineté arménienne, le dialogue est rompu et les catholiques arméniens subissent même des persécutions du fait du patriarcat arménien de l’Empire ottoman. C’est en raison de ces persécutions que Mkhitar de Sébaste (1676-1749), un jeune prêtre arménien converti au catholicisme et fondateur d’une congrégation, se réfugie en Occident. Il y installe ses disciples, les Mkhitaristes, dans l’île de San Lazzaro, à Venise. Avec son imprimerie, cet ordre reste, jusqu’au XXe siècle, l’un des foyers les plus brillants de préservation et de diffusion de la langue, de la littérature et des études arméniennes.

Mais la fidélité au pape, qui reconnaît au XVIIIe siècle le patriarche catholique arménien installé depuis à Hromgla (Cilicie), distille de tenaces soupçons à l’encontre des catholiques arméniens, soupçons entretenus durant la période soviétique. On ne s’étonnera pas dès lors que si l’Eglise catholique arménienne a été autorisée à revenir au pays après l’indépendance, ses fidèles restent très peu nombreux et sont concentrés dans la diaspora. La visite tant annoncée du pape Jean-Paul II en Arménie en septembre 2001, a suscité un enthousiasme limité.

L’abbé Mkhitar (1676-1749)

Né à Sivas (Sébaste, Anatolie), Mkhitar est consacré prêtre à 20 ans. Converti au catholicisme, et se mettant de ce fait à dos la hiérarchie de l’Eglise arménienne, il se rend en Morée, alors sous domination vénitienne, et fonde un ordre religieux appelé congrégation des Pères Mkhitaristes. Chassé de Morée, il s’installe en 1715 à Venise, où son ordre obtient la concession perpétuelle de l’île de Saint-Lazare (San Lazzaro), sur laquelle les moines édifient un monastère encore en activité aujourd’hui. La congrégation dispose également d’un siège à Vienne, en Autriche. Dès 1740, l’ordre se consacre à une activité culturelle intense, à l’éducation (dans son séminaire créé en 1717), à la diffusion du patrimoine, à la préservation de manuscrits anciens, à la publication des chefs-d’oeuvre de la littérature arménienne dans sa propre imprimerie (créée en 1788), à la traduction en arménien d’un nombre considérable d’ouvrages littéraires européens.

La congrégation, dont le siège vénitien abrite un centre d’enseignement de la langue et de la civilisation arméniennes, a ouvert des écoles dans tous les pays abritant une communauté arménienne. Le père Mkhitar et son ordre ont eu un rôle de pionnier dans la renaissance de la littérature arménienne.

L’Église évangélique

L’apparition du protestantisme en Arménie est récente ; son développement au XIXe siècle résulte de l’intense activité, évangélique et caritative, des missionnaires protestants, anglo-saxons surtout, dans l’Empire ottoman. Les persécutions subies par les Arméniens de l’Empire ottoman vont amener une petite partie de ceux-ci à se tourner vers les missions protestantes, qui sauront les protéger parfois de l’arbitraire des sultans. Les orphelinats arméniens ont également été une aire naturelle de prédication pour les pasteurs et autres missionnaires qui en avaient la charge.

Durant la période soviétique, l’Eglise évangélique arménienne a été relativement tolérée, par rapport aux catholiques en tout cas, sans doute pour son appartenance au mouvement oecuménique mondial. Aujourd’hui, l’Eglise évangélique ne compte qu’une petite minorité de fidèles en Arménie où elle mène une intense activité caritative à travers ses institutions et associations philanthropiques.

Enfin, une toute petite minorité d’Allemands, pionniers de la Russie coloniale qui avaient échoué dans les confins arméno-géorgiens dans l’espoir de faire fortune, appartient au culte luthérien.

L’Église orthodoxe

Elle n’est fréquentée que par les membres des communautés russe, ukrainienne et grecque, dont le nombre tend à diminuer en raison des difficultés économiques. Présents en Arménie depuis le rattachement du pays à l’empire, au XIXe siècle, les Russes (et Ukrainiens) n’ont pourtant jamais représenté plus de 5 % de la population. Malgré les liens entre Moscou et Erevan, le pourcentage s’est réduit depuis l’indépendance de l’Arménie, où l’on ne compterait pas plus de 50 000 Russes, dont les milliers de soldats stationnés aux frontières et dans les deux bases militaires russes.

La présence des Grecs en Arménie remonte à l’ère byzantine et, depuis la disparition du dernier royaume grec de la région, l’Empire du Pont avec Trabzon pour capitale à la fin du XVe siècle, leur sort sera souvent lié à celui des Arméniens dans l’Empire ottoman. Le fameux mage Gurdjieff, qui hypnotisa la bonne société parisienne au début du XXe siècle, était par exemple un descendant des Grecs du Pont installés en Arménie, dans la région de Gyumri (alors Alexandropol). Tentés par l’émigration, tout naturellement attirés vers la Grèce, un autre pays ami de l’Arménie, les Grecs ne seraient plus que quelques milliers en Arménie.

Les relations sont en revanche plus tendues entre l’Eglise orthodoxe de la Géorgie voisine et l’Eglise arménienne. Si l’Arménie ne compte qu’un très petit nombre de Géorgiens, les Arméniens forment une importante communauté en Géorgie, forte de quelque 500 000 membres, plus compacte, au sud, dans la région du Djavakhk (Samtskhe-Nonotsminda), limitrophe de l’Arménie. Cette communauté profondément attachée à ses racines arméniennes, établie dans l’une des régions économiquement les plus pauvres de la Géorgie, revendique davantage d’autonomie et des liens plus directs avec l’Arménie, ce qui complique les relations entre Erevan et Tbilissi. Après de longues tractations, l’Eglise arménienne de Géorgie a finalement obtenu du gouvernement géorgien, début 2012, d’être reconnue au titre des religions officielles du pays. Mais le statut accordé au diocèse arménien de Géorgie, et la réhabilitation de son patrimoine architectural, notamment à Tbilissi, ont irrité l’Eglise orthodoxe de Géorgie. Celle-ci réclamait le retour dans son giron de certains des monastères et églises du nord de l’Arménie sur lesquels elle revendique l’autorité spirituelle. Certains de ces lieux de culte, comme le monastère d’Akhtala, ont certes été édifiés à l’époque où cette partie de l’Arménie a recouvré une semi indépendance, sous la conduite des princes Zakarian, vassaux de la Géorgie, aux XIIIe et XIVe siècles. Mais si tant est qu’on y ait alors prêché l’orthodoxie, ce qui reste à prouver, ils sont passés ensuite sous l’autorité de l’Eglise d’Etchmiadzin. L’Eglise arménienne juge le débat d’autant plus vain qu’il n’y a pas de fidèles orthodoxes géorgiens pour fréquenter les lieux de culte concernés en Arménie, alors que les Arméniens de Géorgie, quant à eux, manquent d’églises.

Malakans

Les troupes russes ” libératrices ” avaient été précédées en Arménie par des Russes schismatiques, Vieux-Croyants cherchant à pratiquer leur ” hérésie ” à l’abri des foudres de Pierre le Grand. Il s’agit essentiellement de fidèles d’une secte qui, comme tant d’autres, prospéra en Russie aux XVIIIe et XIXe siècles où elle fut sujette à la répression des autorités russes. Implantés depuis le XVIIIe siècle dans certaines campagnes arméniennes, les malakans avaient la particularité de ne se nourrir que de lait (malako signifiant ” lait ” en russe) et de produits laitiers, synonymes pour eux de pureté. Sorte de mormons orientaux, industrieux et taciturnes, ils ont installé leurs isbas dans des villages du nord du lac Sevan, comme Krasnosselsk ou Semionovka, ou encore Privolnoïe, au nord de Stepanavan. On peut parfois les croiser, reconnaissables à leur longue barbe, blanche le plus souvent, les jeunes ayant souvent quitté ces villages devenus fantômes pour la Russie. Ils continuent à vivre repliés sur eux-mêmes et leurs traditions religieuses rigides, dans une complète autarcie quoiqu’en bonne intelligence avec leurs voisins arméniens. La plupart ne parlent que le russe, et n’ont qu’une connaissance limitée de la langue arménienne.

Assyro-chaldéens

Plongeons dans l’histoire… avec cette petite communauté chrétienne de quelques milliers d’âmes qui nous rappelle que l’Arménie avait des liens étroits avec l’antique Mésopotamie. Comme leur nom l’indique, les Assyro Chaldéens revendiquent une filiation avec les anciens Babyloniens, d’autant plus directe qu’ils n’ont pas été convertis à l’islam ni donc ” arabisés ” à l’époque du califat de Bagdad. Parlant – en tout cas durant les services liturgiques – une langue sémitique proche de l’araméen que parlait le Christ, ils sont en général catholiques, même si certains sont restés fidèles au nestorianisme, une ” hérésie ” chrétienne qui aurait pu changer la face de la région, et de l’Orient en général, si les Mongols de Gengis Khan, un moment tentés par ce courant du christianisme alors très prospère dans le nord de l’Irak et de la Perse, ne lui avaient préféré finalement l’islam. Vivant en communautés dispersées de l’Irak à la Syrie et à la Turquie, les Assyro-Chaldéens ont souvent partagé le sort des Arméniens, et ont été eux aussi victimes de massacres à une grande échelle dans l’Empire ottoman à partir de 1915. Aujourd’hui, ils sont plus nombreux aux Etats-Unis que dans l’est de la Turquie et en Irak où ils continuent à fuir leurs villages en raison des persécutions. En Arménie, en revanche, cette petite communauté est très bien intégrée. Mais l’Etat arménien, plus que tout autre, s’oblige à honorer la mémoire des victimes des massacres dont les Assyro-chaldéens furent victimes dans l’Empire ottoman, en même temps que les Arméniens, et un monument a été érigé en leur hommage à Erevan en 2012.

Le culte israélite

Les chroniques les plus anciennes font état de la présence de juifs en Arménie. A l’époque de Tigrane le Grand notamment, l’Arménie, qui s’étendait alors jusqu’à la Palestine, avait attiré des colonies juives dans le sud du pays, à Tigranocerte (Tigranakert), où s’était déplacée la capitale. Mais cette présence juive ne semble pas s’être maintenue au cours de l’histoire, du moins de façon assez significative pour que les chroniques en fassent mention. L’Arménie ne compte que quelques centaines de juifs, qui tentent tant bien que mal de faire revivre une communauté plutôt bien intégrée mais tentée elle aussi par l’émigration, essentiellement vers Israël, dont l’ambassade se trouve à Tbilissi.

L’islam

L’islam ne compte presque plus de fidèles en Arménie, une conséquence directe du conflit du Haut-Karabagh qui a opposé les Arméniens à leurs voisins azéris turcophones et musulmans. La guerre de 1988-1994 a en effet provoqué un chassé-croisé de réfugiés arméniens et azéris : dès 1988, des pogromes ont chassé les Arméniens d’Azerbaïdjan (où l’on comptait 400 000 Arméniens hors le Haut-Karabagh), l’exacerbation des tensions causant en retour la fuite des 160 000 Azéris d’Arménie, où ils formaient la plus importante minorité, puis du Haut-Karabagh (où ils constituaient environ 30 % de la population) et des régions d’Azerbaïdjan situées entre le Haut-Karabagh et l’Arménie, où ils étaient majoritaires. Le départ des Azéris de confession chiite a donc mis fin à la présence islamique en Arménie. Dans la foulée, les Azéris ont entraîné une partie des Kurdes, autre grande minorité qui avait pourtant trouvé une seconde patrie en Arménie, où leurs droits étaient beaucoup mieux respectés qu’en Azerbaïdjan et où le combat des Kurdes en Turquie suscite une certaine sympathie. L’islam n’est guère incarné en Arménie que par la belle mosquée Goy d’Erevan, QG des Iraniens dans le pays.

Yézidi

Depuis le départ des Kurdes musulmans, la minorité kurde n’est plus guère représentée que par les yézidis, qui ne veulent pourtant surtout pas être considérés comme des Kurdes, même s’ils en partagent un idiome, le kurmandji. Ils vivaient dans une relative discrétion, tout en affichant farouchement leur particularisme religieux, jusqu’à ce que l’actualité braque ses projecteurs sur leurs frères d’Irak, qui trouvent refuge dans le Kurdistan irakien après avoir été persécutés et massacrés par les djihadistes de Daech durant l’été 2014. Malgré les influences chrétiennes et dans une moindre mesure musulmanes, la religion yezidie peut être considérée comme l’héritière directe du paganisme des anciens Perses, dans sa version manichéenne, Mani étant ce prophète perse dont l’interprétation des textes avestiques et du conflit entre le principe du bien, Ahura Mazda, et du mal, Ahriman, connut un certain succès dans la région au début de notre ère. Ces croyances et les rituels initiatiques qui les accompagnaient, suggérés par Bertold Brecht dans Le Cercle de craie caucasien, leur ont valu le surnom inexact d’ ” adorateurs du diable “. Mais ils adorent plutôt le soleil et le dieu paon. L’Irak est considéré comme la terre mythique des yezidi d’où ils auraient essaimé dans tout le Moyen-Orient et jusqu’en Arménie au XIXe siècle. C’est dans les gorges de Lalsh-Avan, près de Sinjara, au nord de l’Irak, que reposent les patriarches yezidi. En Arménie, les yezidi ne sont pas plus de 30 000 et peuvent pratiquer leurs traditions pastorales en toute sécurité dans les villages où ils sont concentrés, essentiellement au nord de l’Arakadz, dont les verts pâturages assurent la subsistance de leurs immenses troupeaux de moutons durtant l’été. S’ils vivent en bonne intelligence avec leurs voisins arméniens, ils préfèrent ne pas se mélanger. On naît yézidi, on ne le devient pas, et l’Église arménienne n’a pas à redouter quelque prosélytisme de cette communauté.

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